Au cirque - Louis Shaffer

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Au cirque

Au cirque - Louis Shaffer

Lors d’un récent voyage, nous sommes allés au cirque, ma femme et moi. Tout se passait bien, jusqu’à la représentation des clowns quand, à un moment donné, l’Auguste s’exclama :

- II me faut un compère pour ma prochaine scène.

Il se mit à courir en canard sur la bordure de la piste, et s’arrêta net à ma hauteur. Il me pointa du doigt et cria :

- Ah voilà ! Toi !

Comme je n’avais aucune envie de me donner en spectacle, je lui fis un signe de dénégation des mains, mais sans en tenir compte, il enjamba les gradins, me prit par le poignet, et m’entraîna sur la piste. Je lançais un regard malheureux à ma femme, qui m’encouragea d’un sourire facétieux.

Je fus impressionné par tous ces spectateurs, dont j’étais devenu le centre d’intérêt. Auguste me colla sous le nez, un micro gros comme un ballon de football, poilu comme un plumeau, et me cria (apparemment, il ne savait pas parler normalement) :

- Comment tu t’appelles !

Un peu agacé par ces simagrées, je jetais dans le ballon velu :

- Eh ! On n’a pas gardé les cochons ensembles pour se tutoyer ainsi.

- Ça, c’est bien vrai, moi, je n’ai jamais gardé de cochons ! Répliqua-t-il en pouffant.

Je compris à cet instant que tout ce que je dirais, se retournerait contre moi. Il me fallait jouer le jeu :

Je lui dis donc mon prénom.

Grand éclat de rire dans le public. Avais-je la fibre de la comédie ? Auguste m’agrippa le bras, et m’entraîna à côté d’une chaise :

- Allez, on va commencer. Assieds-toi là, je vais te faire la barbe.

J’obtempérais, craignant le pire. Il se saisit d’un seau, y plongea un énorme blaireau, qu’il ressortit dégoulinant d’une crème blanche. Il touilla longuement, et brandit brusquement la brosse pour me l’appliquer sur le visage. Dans un éclair, j’ai imaginé un paquet de mousse m’envahir le visage, j’eus un mouvement de recul, qui me fit partir à la renverse. Comme il n’était pas prévu que je tombe, et craignant que je me blesse, Auguste me rattrapa par la manche qui se déchira, me laissant un bras nu.

Voyant ça, ma femme accourut sur la piste en vociférant… Vous pensez, un costume tout neuf ! Elle s’en prit à l’Auguste, lui martela le dos de ses poings rageurs. Mais très professionnels, les clowns ont improvisé une fin de numéro pour nous emmener en douceur dans les coulisses, sous les acclamations des spectateurs.

Tout ceci s’est conclu par des félicitations de la troupe. Alors on m’expliqua qu’un tour de passe-passe faisait que le blaireau, en fait, restait sec. Quant à ma femme, elle dit en pouffant de rire, qu’elle prendrait bien les clowns dans son cabinet de médecine esthétique... comme modèles.