Des moments de solitude  - Louis Shaffer

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Des moments de solitude

Des moments de solitude  - Louis Shaffer

J’avais eu une grande envie de nature et d’espace, brusquement. J’avais eu une année chargée au travail, et, même si j’adore ce dynamisme salutaire que je ne trouve nulle part ailleurs, que dans mon activité professionnelle, me ressourcer devenait primordial. Une de mes plus anciennes amies vivait dans une petite ville, à quelques heures de la grande ville que j’habite ; elle s’était trouvé de nouvelles occupations là où elle vivait maintenant. Elle s’était initiée à l’art du tissage. Je l’avais aidé à apporter son métier à tisser dans sa nouvelle demeure. Elle m’avait remercié en m’invitant aussi souvent que je le voulais. J’avais même la possibilité de venir quand elle n’était pas chez elle. Elle laissait invariablement ses clés à ses plus proches voisins. Je savais qu’elle avait entrepris un long voyage en Amérique du Sud, dont elle ne reviendrait que dans trois mois, au moins.

J’étais donc parti pour une semaine de solitude, dans une antique demeure au passé mouvementé. La maison avait été construite par une famille qui avait construit sa fortune sur les chemins de fer. Les héritiers avaient tout dilapidé en fêtes, dont les plus anciens habitants de la ville se souvenaient encore. La maison avait pris feu pendant une de ces folles soirées. Elle avait été reconstruite au milieu du vingtième siècle par un architecte un peu fou, qui avait retrouvé les anciens plans de l’habitation, et qui avait voulu les suivre à la lettre. Une maison identique était sortie des fondations, ce qui avait fait la joie des habitants de la ville. Mais l’architecte partit, sans que, qui que ce soit sache où il était allé, ni ce qu’il était advenu de lui, et le lieu tomba une nouvelle fois en désuétude.

Jusqu’à ce que mon amie trouve que cet endroit méritait d’être refait. Elle avait écrit un livre qui avait été vendu à travers le monde entier, et sa fortune actuelle, lui permettait de s’offrir cette folie, car les héritiers de l’architecte en demandaient un prix élevé. Les nombreuses réfections que la bâtisse vécut, les déménagements, tout cela fit maigrir mon amie, qui retrouva une silhouette de jeune fille. Cette perte de poids lui donna de la vitalité, et elle partit en voyage pour concrétiser son nouveau projet d’écriture. Je me retrouvais donc seul dans cette maison, et j’espérais enfin avoir le temps de mieux la découvrir. Je fis tourner la clé dans la serrure.